A l’international

Notre voyage humanitaire en Mauritanie – Février 2019

« Lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve. Mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité. » Friedrich Hundertwasser

L’aventure de rêveurs éveillés qui désirent construire une nouvelle réalité ensemble. C’était cela, l’autre nom du voyage humanitaire de l’équipe Main Tendue 69 en Mauritanie.

page12image1812177760

20 février 2019, 8 bénévoles sur le tarmac de l’aéroport de Lyon. Les cœurs légers et avides de réaliser ce projet si longuement préparé, les bagages lourds et pleins à craquer de dons, nous avions tous sur nos visages l’allégresse du voyageur qui s’envole vers de nouveaux horizons, et dans nos cœurs la gravité que donne la conscience de prendre part à une grande mission. Une mission humanitaire. Et en effet, nous avions été missionnés par tous ces bénévoles, ces donateurs au grand cœur, ces hommes et femmes qui avaient mis l’humain au cœur de leur existence et qui nous avaient soutenus et encouragés jusqu’à ce jour du grand départ. Nous avions été missionnés pour être l’intermédiaire entre eux et ceux qui nous attendaient àquelques milliers de kilomètres de là. Nous nous devions d’être un maillon de cette aventure humaine. Curieux de voir, conscients de notre devoir. Nous étions prêts. Arrivée à Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Dès notre arrivée sur ce sol orné par le sable du désert et bercé par le vent marin, nous sommes accueillis avec une hospitalité et une générosité de cœur indescriptible. Le sentiment d’étrangeté n’aura duré que le temps du trajet entre l’aéroport et la maison de nos hôtes. Renouer avec l’humain en nous, nous apprîmes alors que c’était cela aussi, un voyage humanitaire. Nous venions humblement leur tendre la main, ils nous accueillaient les bras ouverts, la main sur le cœur.

Pendant plusieurs jours, nous eûmes la joie de distribuer ces dons recueillis et acheminés depuis la France, et l’honneur en retour de recueillir les sourires et la reconnaissance de nos bénéficiaires. Au petit matin, nous distribuions des petits déjeuners aux enfants des rues, et au soir des colis alimentaires aux familles les plus démunies vivants dans des baraquements de fortune, dans les villes de Nouakchott et Boghé. C’est avec une joie teintée d’une certaine solennité que les dons de fournitures scolaires, cartables, cahiers, stylos, étaient distribuées aux enfants de différentes écoles. Nous le savions, les enfants sont notre avenir, et l’école leur tremplin pour une vie meilleure. Rêveurs éveilles, nous sentions qu’une grâce divine nous permettait d’entrevoir le début d’une nouvelle réalité au moyen de notre action commune : ces dons distribués étaient autant de promesses d’un avenir meilleur, la promesse d’une nouvelle réalité que nous pourrions bâtir ensemble. Comprendre le sens profond du terme « espoir », nous apprîmes alors que c’était cela aussi, un voyage humanitaire. L’espoir vivait dans les regards et les sourires lumineux des enfants que nous rencontrions. Chacun de nous, dans un recueillement muet et silencieux, se fit alors la promesse de graver dans son cœur et sa mémoire ces sourires pleins d’espoir et de gratitude. Car nous avions conscience qu’ils ne s’adressaient pas à nous personnellement, mais qu’ils s’adressaient à tous ceux qui avaient contribué à la réalisation de ce projet, du lycéen qui avait fait don de ses cahiers et crayons, au donateur généreux qui partageait un peu de son argent, en passant par cette cuisinière qui avait contribué à la cause par sa participation à nos repas caritatifs. Ces sourires, il ne fallait pas les oublier, car nous avions le devoir de les rendre à leurs véritables destinataires. Les ancrer en soi, pour les ramener avec soi. Nous avions le devoir de les recueillir au fond de notre cœur pour les partager avec ceux que nous avions laissé en France. Nous étions de nouveau missionnés, chargés de protéger ce trésor et de le partager à notre retour.

page14image1829660432

Enfin il y eu la visite de ce village. Mbone Djieri. Village sans eau courante ni électricité. Nous avions pour mission de leur remettre l’aide financière contribuant au forage du puits et de distribuer les dons de fournitures scolaires aux enfants. Ils nous offrirent en retour des instants de vie inoubliables, des instants de partage, de convivialité et de fraternité. N’était-ce pas là une escroquerie sans nom que nous commettions ? Nous venions avec si peu, et ils nous offraient un trésor de ressources spirituelles, aussi intenses qu’impalpables. Une nuit, ils révèrent avec nous. Nous étions des rêveurs éveilles et nous vivions l’allégresse d’avoir rencontré nos semblables. Lors d’une veillée, abrités sous une voûte céleste qui semblait être à portée de main, nous rêvâmes ensemble. Le temps d’une nuit, le village fut bercé par nos chants et nos fous rires qui se mêlaient à ceux de nos hôtes. Ce qui allait devenir l’hymne du rêve éveillé des bénévoles de la Main Tendue 69 en Mauritanie s’élevait de cette ronde que nous formions : « Soukabé leydan, daroden ndadoden, so goladé yonti, ken ardotobé… » (chant traditionnel peul signifiant « Enfants de mon pays, soyons braves, il est temps de se mettre à̀ l’effort, nous serons au-devant »).

Mus’ De Lyon, Avril 2019